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La Préhistoire du Parc National de la Lopé

400 000 ans de présence humaine

Voilà déjà plus d’un siècle, précisément en 1887, que l’existence d’un Age de la pierre et d’une Préhistoire fut reconnue au Gabon avec la découverte d’une hache polie dans les environs de Libreville.
C’est en 1963 que les membres de la Société de Préhistoire et de Protohistoire Gabonaise découvrent précisément aux Portes de l’Okanda des galets taillés, des bifaces et des pointes de flèche, traces indéniables d’une riche préhistoire régionale.
Dans les années 1980, de nouvelles recherches menées dans la moyenne vallée de l’Ogooué par le programme Paléogab mettent en évidence l’existence des trois âges de la pierre taillée, du stade néolithique, ainsi que celle de foyers de civilisation maîtrisant les techniques de la poterie et de la réduction du fer à l’aube de l’ère chrétienne. Actuellement ces recherches se poursuivent dans le cadre du développement du concept nature culture dans les parcs nationaux.

L’environnement naturel de l’homme préhistorique dans la Lopé

Si de nos jours, le Gabon situé sur l’équateur est un pays humide recouvert d’une épaisse forêt parcimonieusement trouée d’enclaves de savanes comme celles de la Lopé, son aspect au cours du Quaternaire, a offert alors aux hommes des conditions bien différentes. Pour des raisons d’ordre astronomique la position de la terre et de son orbite circum-solaire s’est modifiée et tour à tour la planète s’est refroidie ou réchauffée. Pendant que l’Europe se refroidissait, les régions tropicales s’asséchaient et voyaient les savanes remplacer la forêt. A l’inverse, un réchauffement de la terre se traduisait par un accroissement des pluies aux basses latitudes favorisant ainsi l’expansion forestière.

En même temps, le niveau des océans variait considérablement. Au maximum de la dernière glaciation il y a 18 000 ans, le niveau marin est descendu à moins 120 mètres  en dessous du niveau actuel; ce n’est que vers 5000 ans qu’il atteindra son niveau actuel. En Afrique centrale atlantique, il a été possible d’établir au cours des derniers 80 000 ans, une chronologie des principaux évènements qui ont contrôlé le dynamisme des paysages et les conditions de vie des premiers hommes. On distingue ainsi quatre périodes climatiques : une phase aride le Maluékien (80 000 - 40 000 ans), une phase pluviale le Ndjilien (40 000 - 30 000 ans), une phase aride le Léopoldvillien (30.000-12.000 ans) et une nouvelle phase pluviale le Kibangien (12 000 ans - Actuel).

C’est à partir de 12.000 ans que les pluies reprennent mettant un terme à la fois à la phase aride du Léopoldvillien et au Pléistocène. La nouvelle période de l’Holocène va connaître une recrudescence de la pluviosité, contribuant ainsi à une reconquête forestière des larges régions existantes de savanes ; la forêt achèvera son expansion actuelle il y a 6000 ans. Le Gabon recèle de nombreuses traces de ces événements climatiques mais c’est dans la moyenne vallée de l’Ogooué précisément dans le Parc National de la Lopé, qu’elles sont les plus remarquables. C’est aussi la région du Gabon où l’homme a laissé le plus grand nombre d’empreintes.

Du galet taillé à la pointe de flèche, 400 millénaires d’art de la pierre taillée

En Afrique centrale atlantique, les périodes ancienne et moyenne de la pierre taillée sont très mal connues. L’acidité des sols est si importante qu’elle n’a pas permis la conservation des restes osseux ou organiques. Les sites sont généralement situés dans des lignes de cailloux ou dans les terrasses alluviales qui sont d’anciens lits de rivière. Au Gabon, les Ages de la pierre ancien et moyen (400 000 - 60 000 ans) sont représentés par de gros outils de pierre taillée. C’est sur la frontière occidentale du Parc National de la Lopé, que la terrasse alluviale d’Elarmékora dominant de plus de 170 mètres le fleuve Ogooué, a fourni des galets taillés estimés de 400 000 ans.

Ce sont actuellement les plus vieux outils de pierre taillée connus pour le bloc forestier d’Afrique centrale atlantique.

 

 

 

Il y a 60 000 ans, s’opère un changement dans les techniques de taille de la pierre; les outils de pierre vont s’affiner pour devenir plus petits et plus facilement transportables. Sur le site de Maboué 5 au sud des portes de l’Okanda, ont été découverts de petits outils taillés représentés par des pointes de flèches, des perçoirs, des grattoirs, dans deux couches archéologiques profondément enfouies datées respectivement de 57 000 et de 40 000 ans. Ces chasseurs cueilleurs vont persister jusque vers 2000 avant J.C. avec l’arrivée des premières populations néolithiques.

L’Art de la pierre polie ou la naissance d’une nouvelle esthétique

L’outil de pierre polie a toujours été associé au stade néolithique. Ces outils polis sont façonnés sur des roches tendres comme l’amphibolite ; on découvre des hachettes et des herminettes mais également des houes à gorges.

Dans le Parc National de la Lopé, les gisements néolithiques associent l’outillage poli à la poterie, signes indiscutables d’une sédentarisation, de populations pratiquant une économie différente de la simple cueillette. Ces populations établissaient des villages sur les sommets de collines et creusaient des fosses dépotoirs autour de leurs cases. La fouille de ces fosses révèle la présence de nombreux charbons de bois de foyers domestiques, des tessons de poterie, des haches polies mais également des restes de noix de palme. Le palmier à huile semble être à la base du régime alimentaire de ces peuples. Ce stade néolithique va s’éteindre lentement à la fin du dernier millénaire avant J.C., à l’arrivée des premiers métallurgistes.

L’Age du fer ou le développement des premières agricultures forestières

La métallurgie du fer est attestée vers 500 avant J.C. dans la moyenne vallée de l’Ogooué. Ces métallurgistes produisent du fer en réduisant le minerai à l’aide de fours surmontés d’une hotte construite en argile, la ventilation était assurée par des tuyères placées au niveau du sol et dirigées vers le bas.

Cette maîtrise d’un outillage de fer va permettre un abattage plus facile des arbres et un développement conséquent de l’agriculture sur brûlis. Ils confectionnent des poteries très diverses dans les formes et les décors et, s’établissent toujours sur les sommets de colline en construisant des villages beaucoup plus grands. Ces populations ont également légué un fabuleux patrimoine culturel archéologique avec près de 2000 gravures rupestres que l’on peut découvrir dans le Parc National Lopé près de Kongo Boumba.
C’est à partir de 700 après J.C. que la région de la Lopé se vide de ses habitants, jusqu’à 1100 après J.C. Cette absence humaine pourrait être la conséquence de graves endémies, en effet il est reconnu que les zones intertropicales sont des zones à endémies où la soudaineté des épidémies fait de ces maladies de redoutables ennemis de la santé et du développement.

De nouveaux groupes métallurgistes arrivent dans la Lopé vers 1100 après J.C. et développent une poterie avec un décor spécifique qui va perdurer jusqu’au XX° siècle. Ce sont les ancêtres de populations actuelles.

Cette longue et riche séquence chronologique, que l’on peut apprécier à travers les vitrines de l’Ecomusée de la Lopé, est à la base de toutes les connaissances sur la présence de l’homme à la Lopé ; elle a fortement contribué en 2007 à l’inscription par l’Unesco, du Parc National de la Lopé au Patrimoine Mondial en tant que site mixte culturel et naturel.

Richard OSLISLY, Archéologue à l’Institut de Recherche pour le Développement.

 

 

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